Just another WordPress.com site

Au coeur de la dernière mine de France

VARANGÉVILLE (MEURTHE-ET-MOSELLE)

VALÉRIE HACOT | 15.07.2010, 07h00

on doit rouler en camion- nette pendant quinze minutes pour atteindre le front de taille (NDLR : la zone où la roche est en train d’être exploitée), qui est à 5 km d’ici. »
Christian Imbert s’esclaffe.

Depuis près de trente-sept ans, ce mineur emprunte chaque jour, sans frémir, l’étroit et vétuste ascenseur qui parcourt en une quarantaine de secondes les 160m séparant la surface du fond de la mine de sel de Varangéville (Meurthe-et-Moselle).
Ce site, qui appartient à la Compagnie des Salins du Midi, est aujourd’hui la dernière mine encore en activité en France. Un sacré pied de nez. Ouverte en 1855, Varangéville a en effet longtemps fait figure de Petit Poucet. Loin, très loin du gigantisme des mines de charbon, de potasse et de fer qui, des décennies durant, ont constitué le poumon économique de la Lorraine.

Les 60 mineurs de l’exploitation s’affairent sans relâche

Mais alors que ces géants ont tous disparu, Varangéville a poursuivi son petit bonhomme de chemin. Spécialisée dans l’extraction de sel destiné au déneigement des routes, la mine a même enregistré cette année une activité record. « L’hiver a été tellement rigoureux que nous n’avons pas eu un moment de répit. On a remonté 5 000 t de sel chaque jour, et tout notre stock, soit 300 000 t, a été utilisé », souligne Didier Casanova, le responsable de la mine.
Les 60 mineurs de l’exploitation s’affairent depuis sans relâche, huit heures par jour, pour reconstituer les stocks. Pas de gueules noires ni d’hommes courbés dans des galeries trop étroites. La mine de sel ne ressemble en rien aux clichés de « Germinal » et des houillères du Nord.
A 160 m sous la surface de la terre, les murs sont constitués d’une solide roche noire où brillent ça et là des éclats de sodium. D’imposants piliers garantissent la stabilité du site et la hauteur sous plafond dépasse les 4,50 m. Le goût piquant du sel s’accroche, tenace, aux papilles des visiteurs. L’air est vif, la température stable à 15 oC.
Didier Casanova manoeuvre son Renault Trafic sans avoir recours à un plan dans le dédale des galeries plongées dans le noir. Chaque jour, il descend pour superviser l’avancement de la taille. « On parcourt 160 m par an. En cent cinquante ans, 200 km de galeries ont déjà été exploitées », explique-t-il.
Soudain, devant les feux de la camionnette, surgit une étrange et imposante machine : la haveuse, sorte d’immense tracteur orné d’une lame de près de 5 m. Pour descendre cet engin, il a fallu au préalable le découper en morceaux.
Toutes les machines ont subi le même sort : à peine achetées, elles ont toutes été méthodiquement passées à la disqueuse et leurs pneus ont été compressés pour pouvoir rentrer dans la petite cage de l’ascenseur qui constitue le seul accès à la mine. « Il faut compter trois mois pour remonter les machines au fond. Les fabricants s’en chargent. Cela augmente le coût de 10 % », précise Didier Casanova.
Seul dans sa galerie sombre, Patrice Poussier couve du regard la progression lente de la lame dans le mur. Durant les prochaines heures, elle va effectuer une saignée de 13 m de large. « On se sent un peu seul », lâche en souriant ce trentenaire.
A quelques mètres de là, deux artificiers minent sans échanger une parole une paroi à l’aide d’un mélange d’ammonium et de fioul. Ils déclencheront l’explosion le soir.
Dans la galerie voisine, les mineurs extraient des blocs de sel explosés la veille. Ils sont ensuite acheminés sur d’immense tapis roulant — les convoyeurs — vers l’entrée de la mine. « On vient de déplacer les ta- pis. Tous les six mois, on est obligés de les bouger parce que le chantier avance », constate Didier Casanova. Et la mine devrait continuer sa progression. Les Salins viennent de dé- crocher l’autorisation de continuer à exploiter le gisement jusqu’en 2025.

Le Parisien

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s